L’abandon des banlieues

Tiens il y a quelques jours, un gamin de 14 ans en a poignardé un autre de 15 ans à Marseille.
Ce matin, j’ai croisé le genre capable de ça, enfoncer un couteau dans un corps. Un ami de mon fils, une brute de 15 ans, le genre amoureux des grosses voitures, de sa bande de pote, du culte de la force, qui croit qu’une femme est un bout de viande, que la « maille » y a que ca de vrai, et qu’un homo vaut moins qu’un chien. J’attends avec impatience que les caricaturistes parisiens à la mode nous montrent leurs talents dans la dénonciation de ces nouveaux beaufs des années 2010.
Ce gamin, il doit en être à son 10 ème délit, du genre tabassage de vieille pour lui piquer 10 euro à elle qui rame pour joindre les deux bouts. A nouveau libre.
Les élites ont abandonnés les moutons aux loups, c’est aussi simple que ça. Ils l’ont fait par lâcheté, pour ne pas faire de vague, ne pas avoir à se battre, et pour pouvoir, dans leur centre ville, « jouir de tout, tout de suite ».

Ce que Nathalie aime et ce que mes enfants, « eux », aiment

Elle pourrait me revenir disent les blouses blanches. Quand je la regarde je pense à ces valeurs qu’elle porte en elle.
Elle aime lire
Eux trouvent que ca demande trop d’effort.

Elle se régale des subtilités de l’âme humaine qu’un Swieg ou un Balzac lui ont fait découvrir. Elle a toujours ouvert son âme pour les ressentir, pour élargir son panel de sensation, et pour cela, elle sait bien que les mots sont la voie d’accès à cet humanisme. C’est pour cela qu’elle a voulu enseigner.
Eux se régalent d’intrigues sanguinolentes, de théories du complot, de personnages à haïr, à buter, à torturer, à « finir ». Eux gavent leurs âmes d’histoires glauques balancés en permanences sur toutes les chaines, des histoires de meurtres en série, d’incestes, d’enfants disparus, d’enterrés vivants, de torturés pour le plaisir. L’écran se nourrit des situations extrêmes et les rend banals. Il n’y a là que situations grossières et barbares qu’on enfonce dans les profondeurs de leurs inconscients, pour libérer la bête, la flatter, lui insuffler que puisque Dieu et toute autorité morale sont morts, tout est possible.

Elle, elle se régale d’instants volés à la dictature du temps, assise dans l’herbe, à ne rien faire, le regard porté à l’horizon, vivante, ho oui, pleinement consciente du cadeau incroyable, merveilleux qu’est la vie.
Eux n’accordent aucune valeur à la vie, tout n’est que rapport de force, de possession, d’ « honneur », tu parles d’un honneur… Ils peuvent s’écharper au couteau pour l’honneur. Des imbéciles, mais des imbéciles dangereux.

Pas de doute, la décivilisation est en marche.

Donnez moi une seconde chance !

Le drame qui me touche a tout enseveli de mon passé, ou plutôt il l’a rendu inutile, stérile, des années pour rien, une débauche d’énergie qui accouche d’un échec terrifiant.
L’hémorragie va nous emporter tous si le choc que nous vivons ne réveille pas dans le cœur de mes deux enfants de 20 ans des restes de tendresse, un peu de compassion, une envie de ressouder les liens arrachés par des années de crises, de portes claquées, de mots brutaux.
Ma famille est détruite et je veux la reconstruire. Je vais me battre. Je vais y croire. Je vais refuser la pente et toutes ces valeurs par défaut qui nous empoissonnent l’esprit et font croire à des millions de gosses que leur bonheur se résume à visionner une saison 3 en la commentant sur twitter.

Ceux qui osent tout…

Je suis en colère, en colère contre ceux qui osent tout ; ceux qui font disparaître une usine en une nuit mettant à terre 300 ouvriers, et ceux qui en bas des immeubles de la cité ajoutent la peur, l’humiliation à des populations en précarité économique.
Dans les deux cas, l’infime minorité fait régner la loi de la jungle, celle du plus fort, sans aucune barrière morale.
Ce sont les mêmes, ceux qui pensent que la fin justifie les moyens, que tout est bon pour faire plier l’autre, le « finir ».
Je suis en colère contre une société qui laisse faire ceux là.
Oui, depuis 30 ans, il est interdit d’interdire à « ceux qui osent tout ».
Alors il ne faut pas s’étonner que mon fils ait choisi d’être à 20 ans de cette famille là…

Comment rattraper le temps perdu ?

Il faudrait pouvoir mettre nos enfants face à leurs responsabilités. Mais ce ne sont plus des enfants à 20 ans. C’est trop tard.
La première étape, pour leur mère comme pour moi, c’est sans doute de ne plus culpabiliser, se dire que c’est eux-mêmes qui choisissent cette voie de facilité, encouragés par des forces qui nous dépassent, comme un tsunami de facilité, le flux de toute une époque passionnée de néant qui nous entraîne tous même si on s’accroche.
On a essayé, je vous jure qu’on a essayé. Mais le temps manque pour nous parents quand autour d’eux tant de forces les tirent vers le bas, le vulgaire, le brutal. Oui, il faut cesser de culpabiliser, ce sera une première étape.

La loi du plus fort…

Ce matin, j’ai lu que, dans l’Isère, un enfant de 11 ans avait du changer d’école parce qu’il était harcelé et battu par une autre élève. Une preuve de plus qu’en l’absence d’autorité réelle, c’est la loi du plus fort qui prime, la loi des minorités violentes, du plus brutal.
C’est ce que Nathalie et moi avons pu constater dans son lycée, là ou elle a travaillé pendant 20 ans, là où tout a reculé années après années devant « ceux qui osent tout », un laissez aller et complaisant des autorités, des politiques qui demandent aux victimes de se taire pour ne pas avoir à affronter les brutes.
Nous, nos enfants, on ne l’ai a pas changé d’établissement, une erreur ; ils se sont endurcis pour ne plus être du coté victimes, ils sont passés de l’autre coté…

Sale époque…

Ma femme se repose…

Ma femme se repose, de ses enfants de 20 ans, de la peur qui pollue sa vie depuis des années comme pour tous les habitants de notre ville, ceux qui baisent la tête devant des bandes de gamins de 15 ans, ces intouchables. Elle se repose des tensions, des portes qui claquaient, des reproches incessants, des déchirures qu’un fils fait à sa mère quand il se refuse à sa tendresse. Moi, je ne me repose pas, je vois mon monde effondré, je vois ma famille déchirée, au bord du gouffre. Il faut qu’elle se réveille, il faut que Nathalie se réveille. Une seconde chance, donnez moi une seconde chance