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« Comment en sommes-nous arrivés là ? Je ne sais pas. Sans doute, comme pour beaucoup de parents, par ces abandons successifs de territoire, ces reculs de notre autorité, dès la naissance, qui sont peut-être la faiblesse principale de notre génération. Nous n’avons plus su dire non quand tout autour d’eux disait « just do it ». Avouons-le, l’éducation de nos enfants est devenue difficile. Mais nous ne sommes pas entièrement responsables. Et nos enfants ne sont pas si innocents. Comment pourraient-ils l’être dans ce monde où avoir une âme est un handicap ? »

« « — Les« Gremlins », ils n’ont que ça dans la vie, le rapport de force. Alors on en prenait plein la gueule, de temps en temps, une sorte de roulette russe. C’était la même chose pour tous, la loi du plus fort, la dictature de la minorité, des plus brutaux : racket, coups, humiliations, dès 7 ou 8 ans, ça démarrait, on apprenait la vie, on composait avec la peur. Des beignes, des chutes dans l’escalier, des serrages de gorge, des mains écrasées, des mini lynchages, toujours à plusieurs, ces fils de pute. Avec Fred, on en a connu.
– C’est pour ça qu’il vous manque des dents ?
Kamel éclate de rire :

— Vas-y comme vous me charriez. Mes dents j’en ai perdues à toutes les époques, je les ai semées pour me souvenir du chemin parcouru. Vous voyez le truc ? Quand j’aurais de l’oseille, j’en mettrais des toutes neuves. »

« Il y avait tous ces mots que nos enfants ne prononçaient plus, des mots qu’ils ont oubliés, comme « gentillesse, politesse, respect, bienveillance, écoute ». Au fond, je crois que c’est nous-mêmes qui les avons abandonnés. On n’ose plus depuis longtemps ni les prononcer, ni les défendre, ni les transmettre. Ce sont les mots oubliés par notre génération, qui a trop misé sur le fonctionnel, l’apparence, la compétition, le conformisme, le crédit, les choses. Et les mots qu’une société exile nous en disent beaucoup sur les valeurs qui la déchirent… »

« « Tu ne dois certainement pas être le seul père en colère », lui a dit Bruno à l’hôpital. Combien sont-ils, les « autres parents comme lui », en souffrance, en détresse, englués dans une situation incontrôlable, prêts eux aussi à craquer ? Combien ont été poussés à bout comme Nathalie ? Oui, il est temps d’écrire, de s’écouter, de dialoguer, et qui sait ? De réconcilier les générations ? »

« Tout a changé, l’ambiance, les rapports humains, le moral de chacun. Froide, la nouvelle directrice, la « mante », dresse les uns contre les autres, joue des rivalités existantes, en crée de nouvelles, sacralise la manipulation comme mode de management. La terreur s’immisce, ses collègues se mettent tous à « calculer ». Le processus acide ronge et détruit les bonnes volontés dans l’entreprise. La « mante » supprime en silence les opposants, un à un. Diviser pour mieux régner.
Elle ose tout, se répète Stéphane, elle ose tout, à la manière des bandes de Saugny, à la manière de ceux qui ont fait disparaître en une nuit l’unique usine de la ville, cinq ans auparavant.

« Nathalie a traversé la classe et a tenté de tirer la manche de Bamba pour le faire lever. Avec ses
80 kilos, la masse n’a pas bougé et a continué de rire. Alors elle l’a traité de sale gosse.
Il s’est levé d’un coup et lui a balancé un coup au ventre avant de lui cracher dessus. Puis, il est sorti lentement de la classe. Elle a hurlé, un long cri, le résultat de mois et de mois d’humiliations, de peurs enfouies et de douleur. Quelques filles se sont précipitées pour la relever. Une fois le proviseur prévenu, Bamba a été exclu cinq jours et on l’a changé de classe. On a convoqué la mère de Bamba qui s’est présentée, abattue, de toute évidence dépassée, effrayée par son propre fils. »

« Tout a changé, l’ambiance, les rapports humains, le moral de chacun. Froide, la nouvelle directrice, la « mante », dresse les uns contre les autres, joue des rivalités existantes, en crée de nouvelles, sacralise la manipulation comme mode de management. La terreur s’immisce, ses collègues se mettent tous à « calculer ». Le processus acide ronge et détruit les bonnes volontés dans l’entreprise. La « mante » supprime en silence les opposants, un à un. Diviser pour mieux régner.
Elle ose tout, se répète Stéphane, elle ose tout, à la manière des bandes de Saugny, à la manière de ceux qui ont fait disparaître en une nuit l’unique usine de la ville, cinq ans auparavant.

« La misère a aussi tout perverti dans notre ville de banlieue. Pour beaucoup de jeunes, elle a ouvert les portes toutes grandes aux vices, car la fin justifie les moyens, répète-t-on sur tous les écrans du monde avec la simplicité d’un gros mensonge. Elle s’est nourrie des frustrations que fait naître chaque jour ce torrent d’image, d’argent facile, de corps plastiques, de célébrités acquises sans effort. Nos enfants s’accrochent à des idoles comme des affamés. »

 

3 réflexions au sujet de « Extrait »

  1. Avant d’accuser la société de tous les maux, regardez-vous et demandez-vous ce que VOUS auriez pu faire pour vos enfants. Si la politesse, la gentillesse, le respect, ont disparu chez ceux que vous éduquez, c’est d’abord que VOUS n’avez pas su les leur inculquer.
    Le problème essentiel de notre société ce n’est pas celui des « dérives » que vous montez en mayonnaise; ceci n’est qu’une conséquence. Le problème de notre société, c’est que les individus qui la composent ne veulent plus prendre leurs responsabilités; ils tentent de s’en défausser sur cette entité indistincte, au-dessus d’eux…
    C’est pas moi, c’est eux. J’ai pas su donner des règles de vie à mes enfants, c’est pas moi, c’est l’école. J’ai pas su me faire obéir, c’est normal, les instits ne savent pas leur inculquer le respect. J’ai pas su leur transmettre des valeurs morales, c’est pas ma faute, y a plus de catéchisme, plus de religion. J’ai pas su les empêcher de voler dans les magasins, c’est pas moi, c’est la faute de la police qui n’a pas su les surveiller, c’est la faute du gouvernement qui ne prévient pas la délinquance. Voilà ce que notre société soi-disant individualiste (elle ne l’est pas, au contraire !) a produit de veule, lâche, mou : des personnes qui ne savent plus avancer seules, encore moins faire avancer leurs enfants. On compte sur les autres. Si on était individualistes, on compterait sur soi, et seulement sur soi. Lisez un peu de philosophie avant d’accuser « l’individualisme » actuel. Réfléchissez à ce qu’est vraiment une conduite individualiste.
    Les sociétés les moins individualistes qui soient, les plus collectivistes, celles qui ont tenté d’effacer l’individu, de le nier au profit du groupe (totalitarismes communistes, dictature nazie…) sont celles qui ont produit les individus les plus lâches, les plus incapables de résister à la pression du groupe, les plus capables de se laisser aller à la violence ou à la veulerie, à l’ignominie… C’est ainsi que l’on produit des jeunes sans morale; c’est aussi ce qu’on est en train de faire.
    Mais la réflexion philosophique, c’est un peu ardu; c’est bien plus facile de produire un témoignage plein de clichés et de sensationnalisme facile, qui vous défausse de vos responsabilités (encore) et soulage grandement vos lecteurs… Ah, ce n’est donc pas ma faute ! se disent-ils… Tout va mieux…
    Bravo, cela se vendra ! Un bon produit marketing.
    J’espère que vos enfants apprécient cette capitalisation de leurs problèmes.
    Pour ma part, j’ai deux enfants et trois beaux-enfants, entre 4 et 17 ans, ils sont tous polis, gentils et respectueux, malgré l’influence pernicieuse de la vilaine société dans laquelle ns vivons…
    Il serait temps de réfléchir vraiment à ce que nous attendons de nos enfants… et de nous-mêmes.

    • Valette,

      Votre commentaire, je le trouve très dure. A croire votre message, vous devez certainement lire des livres de philosophie, mais votre réaction à ces extraits du livre n’est pas une preuve de sagesse. Votre commentaire m’a humainement choqué par sa violence et il est loin d’être philosophique. Au lieu de critiquer de manière cassante des extraits, essayé au moins de vous mettre à la place de cet homme et tous ces parents qui ne savent plus où ils s’en sont. S’il vous plaît ne soyez pas moralisateur, analyser ce n’est pas blâmer.

      Xavier Arnoult

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